- Les transmissions à dérailleur offrent le meilleur éventail de rapports pour gérer les fortes côtes, au prix d’un entretien plus régulier et d’une sensibilité accrue aux aléas (pluie, chocs).
- Les moyeux à vitesses intégrées, plus simples et fiables, limitent le nombre de rapports extrêmes, ce qui peut contraindre selon la pente et la charge.
- L’assistance électrique accompagne bien le pédalage urbain dans les villes pentues, mais ne compense pas complètement un étagement de vitesses mal adapté.
- Le compromis idéal dépend du profil des pentes, du poids transporté, de l’usage multimodal et du niveau d’entretien que l’on accepte d’assurer.
- Le choix se fait entre diversité de rapports, compacité, simplicité et usage envisagé.
Comprendre les enjeux de la transmission en ville pentue
Dans une agglomération à fort dénivelé, deux questions principales se posent : trouver des rapports de vitesses suffisamment courts pour monter sans trop souffrir, et assez longs pour pédaler sans mouliner dans les descentes ou sur le plat. Ce double impératif dicte le choix de la transmission.
- Le braquet minimum : il désigne la combinaison la plus facile (petit plateau à l’avant, grand pignon à l’arrière), essentielle pour s’extraire des rues raides, surtout si le vélo et sa charge pèsent lourd.
- La diversité des développements : c’est l’écart entre la vitesse la plus basse et la plus haute, souvent exprimé en % (exemple : un développement de 300 % signifie que le braquet le plus long est 3 fois plus « rapide » que le plus court). Ce chiffre traduit la polyvalence du vélo.
- L’étagement : c’est la différence entre chaque vitesse, moins l’étagement est large, plus la sensation de cassure entre deux rapports est prononcée.
Dans la pratique, gravir une pente urbaine de 10 % ou plus « chargé » (sacoche, sac à dos, courses) est un défi si l’on ne dispose pas d’un rapport adapté. D’après nos relevés et retours lecteurs, nombre de modèles de vélos pliants restent limités en développements, surtout les entrées de gamme. Cela peut vite faire la différence entre un trajet agréable et un trajet épuisant, voire décourageant.
Décryptage des principales transmissions sur vélos pliants
Le dérailleur externe : champion de la polyvalence
La majorité des vélos pliants à vocation urbaine haut de gamme font appel à une transmission à dérailleur. Il s’agit du système classique, avec chaîne, cassette et dérailleur arrière. L’avantage principal : la variété de rapports. Certains modèles proposent jusqu’à 9, 10 ou même 11 vitesses, parfois combinées à un double plateau compact.
- Plage utile de développements : sur du 20" équipé d’une cassette 11-32 ou 11-36 et plateau de 52 dents, on obtient souvent un développement de 300 % à 350 %.
- Idéal pour les pentes raides : en sélectionnant un pignon très large, on assure un braquet suffisant pour le relief.
- Entretien et sensibilité à l’environnement : ce système réclame un entretien plus fréquent, la chaîne et les galets sont exposés à la pluie, à la crasse et peuvent dérailler lors du pliage ou des manipulations brusques.
- Simplicité du pliage : certains systèmes de cadre protègent mieux la transmission (Brompton, Tern Vektron), mais il faut rester vigilant avec les modèles basiques où les vitesses risquent d’être abîmées lors d’un pliage rapide.
À l’usage, un dérailleur bien réglé reste pour l’instant la solution offrant la plus grande latitude pour dominer les côtes urbaines sévères, au prix d’une vigilance sur l’entretien.
Moyeu à vitesses intégrées : la fiabilité, mais des limites en côte
Le moyeu à vitesses interne est apprécié pour son fonctionnement sans exposure extérieure : tout est dans le moyeu arrière, protégé des éléments. Des variantes existent (Sturmey Archer, Shimano Nexus, Alfine, Rohloff), de 3 à 14 vitesses selon le modèle.
- Développements disponibles : un moyeu 3 vitesses classique (Brompton, Dahon) couvre 180 %-220 %; le 7 vitesses Nexus atteint environ 244 %; le Alfine 8V grimpant vers 300 %. Le Rohloff, rare sur pliant, va jusqu’à 526 %.
- Suffisant pour la plupart des côtes urbaines sur modèles 7 ou 8 vitesses, mais parfois limité dans les scénarios extrêmes (longue côte de 14 %, charge importante).
- Changement de vitesse à l’arrêt (pratique en ville), moins d’entretien, grande robustesse (pas de déraillement possible).
- Poids et rendement : un surpoids par rapport au dérailleur (compter +500g à +1 kg selon modèles), et une très légère perte de rendement (généralement insignifiante pour l’usage urbain quotidien).
Pour un usage quotidien avec des côtes modérées (<10 %) et peu de charge, le moyeu 7 ou 8 vitesses apporte un vrai confort de fonctionnement au quotidien, sans les aléas du dérailleur. Sur terrains très accidentés ou pour des sportifs, il montrera plus rapidement ses limites.
Le cas particulier du Brompton : transmission compacte, usage urbain typé
Le cas Brompton mérite un éclairage. En configuration classique, ce modèle britannique phare propose deux solutions maison : 2 ou 6 vitesses (par combinaison de deux pignons et d’un moyeu à 3 vitesses). Le spectre de développement atteint ~300 %.
Cela reste pertinent pour la majorité des villes françaises, mais sur de longs pourcentages, et surtout selon le plateau choisi d’usine, le développement minimum peut sembler trop exigeant si le cycliste n’est pas sportif ou transporte régulièrement des charges importantes. Notons qu’il existe des adaptations tierces offrant plus de latitude (customisation pignon/plateau, kit 9 ou 11 vitesses chez Brompton ou via des spécialistes), mais sortant du cadre standard, avec impact sur la garantie et la maintenance.
Transmissions électriques et assistance : la fausse solution miracle ?
De plus en plus de vélos pliants proposent une motorisation électrique (Brompton Electric, Tern Vektron, Fiido, Eovolt). Certes, l’assistance permet de gravir avec plus de facilité des pentes raides. Mais il reste impératif de disposer de rapports suffisants pour pédaler confortablement.
- Un vélo à assistance n’exonère pas d’une bonne plage de vitesses : si le braquet minimum est trop élevé, on forcera beaucoup en début de montée, au détriment de l’autonomie et du plaisir.
- L’assistance ne remplace pas la variété des développements, mais la complète.
- La maintenance est parfois plus complexe (Le Bicycleur), et le surpoids devient sensible lors du pliage et du portage multimodal.
L’ajout d’une motorisation sur un modèle non prévu à l’origine doit être réfléchi, notamment sur les aspects fiabilité, équilibre, et légalité (bricolages pouvant dépasser les normes de vitesse ou puissance).
Critères concrets de choix selon les usages quotidiens
Pour aider à faire le tri, voici les principaux scénarios d’usage :
- Usage quotidien en ville pentue (<10 %, courts trajets) : 7 ou 8 vitesses (moyeu ou dérailleur), choisir un développement mini proche de 2 m côté plateau/pignon pour gravir sans forcer. Exemples : Tern Link D8, Dahon Mariner D8, Brompton 6V.
- Trajets avec fortes pentes (>14 %, lourde charge ou longues distances) : viseur sur dérailleur 9 à 11 vitesses et cassette large (11-36 ou 11-40 dents). Idéal pour Grenoble, Lyon, quartiers escarpés.
- Usage occasionnel, plat majoritaire, entretien minimisé : moyeu 3 vitesses, simple et fiable, à la condition de ne pas porter souvent de grosses charges en montée.
- Multimodalité intensive (train, métro, portage) : attention au poids (moyeu > dérailleur), privilégier une transmission compacte et fiable comme le Nexus 7/8 ou le Brompton 6V ; moins de vitesses mais des rapports bien choisis.
- Assistance électrique : veiller à ce que les développements correspondent toujours à la topographie de vos trajets, notamment batterie à plat.
| Type | Nombre de vitesses | Plage (en %) | Pente gérable | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|---|---|
| Dérailleur 9-11 vitesses | 9 à 11 | 300-400 % | Forte (>14 %) | Plus large choix de rapports, poids contenu | Entretien, exposition |
| Moyeu 3-8 vitesses | 3 à 8 | 180-300 % | Modérée (<10-12 %) | Robustesse, entretien réduit, changement à l'arrêt | Plage limitée, surpoids |
| Assistance + dérailleur/moyeu | Variable | Variable | Forte à très forte | Soulagement de l'effort | Poids, autonomie, complexité |
Optimiser sa pratique : ajustements et évolutions possibles
Pour ceux qui ressentent rapidement des limites avec leur transmission d’origine, plusieurs évolutions restent possibles :
- Changement de plateau, de pignon ou de cassette : permet d’adapter le développement minimal à la topographie (attention à la compatibilité, surtout sur moyeu interne).
- Passage de la chaîne à la courroie : proposé sur certains Tern ou modèles haut de gamme, cela limite l’entretien (fonctionne surtout avec les moyeux internes).
- Adaptations tierces (kits 9 ou 11V pour Brompton, Surly, etc.) : pour les bricoleurs et ceux prêts à sortir du cadre «standard».
Points de vigilance à ne pas négliger
Dans le contexte urbain pentu, nous recommandons de garder en tête certains compromis :
- Un vélo pliant doit rester facile à plier, à transporter, à entretenir : la mécanique complexe peut devenir un frein à l’usage, surtout si la fiabilité se paie au quotidien.
- Toujours demander à tester le vélo (et la transmission) sur un parcours type incluant « votre » montée de référence.
- L’usure prématurée de la chaîne et des pignons est accrue sur petits formats de roues (20"/16"), nécessitant le recours à des pièces spécifiques.
- L’entretien et la réparation en cours de route : plus le système est courant, plus il sera facile d’être dépanné rapidement – l’exotisme mécanique peut devenir un inconvénient.
Les chiffres, retours terrain et avis convergent sur un point : la solution universelle n’existe pas, tout est question de compromis entre confort de montée, fiabilité longue durée et simplicité d’usage.
Résumé des repères-clés pour faire le bon choix
- Pentes raides, trajets longs, usage sportif ou chargé : viser large plage de rapports, privilégier les dérailleurs à grande capacité.
- Entretien limité, confort au quotidien : moyeux à vitesses intégrées, au moins 7 vitesses et ajustement du développement.
- Assistance : complément utile mais pas substitut d’un étagement réfléchi.
- Multimodal : rechercher légèreté, compacité, simplicité de maintenance.
Nos essais et retours d’utilisateurs montrent que l’investissement dans une transmission bien pensée transforme la pratique du vélo pliant en ville à relief. Mieux comprendre l’impact du système de vitesses, sa plage utile et sa robustesse permet de rouler plus loin, plus sereinement, et d’envisager sans crainte les hauteurs urbaines.
Notre conseil final : ne vous fiez ni au nombre de vitesses seul ni au discours marketing mais analysez précisément vos trajets, vos pentes, et interrogez « la vraie vie » de votre prochaine monture. Un vélo pliant bien choisi devient bien plus qu’un outil : il devient l’allié fidèle de vos traversées urbaines, quelle que soit la déclivité.
Pour aller plus loin
- Choisir un vélo pliant pour les déplacements urbains fréquents : critères concrets et retours du quotidien
- Quels vélos pliants choisir pour optimiser vos trajets domicile-travail en ville ?
- Comment sélectionner le vélo pliant adapté à son rythme de vie et à ses attentes réelles
- Choisir un vélo pliant pour les transports : comment mesurer la vraie facilité de pliage ?
- Comment la géométrie d’un vélo pliant influence le confort pour circuler au quotidien en ville